La communauté chinoise: un portrait sommaire
Document préparé par Daphné Marion-Vinet
Pour le Musée de la Personne
(English version coming soon)
L’immigration chinoise au Canada
La communauté chinoise du Canada, qui compte plus d’un million d’individus, est actuellement l’une des communautés culturelles les plus importantes au pays. La présence d’immigrants chinois sur le territoire canadien remonte à la seconde moitié du 19e siècle. Alors que cette première vague d’immigration provenait majoritairement des provinces du sud de la Chine comme le Guangdong et le Fujian, les individus de la seconde vague provenaient essentiellement de Hong Kong et de Taïwan. Finalement, la plupart des immigrants chinois qui peuplent actuellement le paysage multiculturel du Canada sont arrivés depuis la fin des années 1990 et sont originaires de la Chine continentale.
Tantôt engagés comme coolies, tantôt comme travailleurs indépendants, les premiers Chinois qui se sont établis au Canada se sont d’abord installés dans les provinces de l’Ouest canadien. Travaillant pour la plupart à la construction du chemin de fer transcanadien et dans les mines d’or de la Colombie-Britannique, les ouvriers chinois se sont vite retrouvés sans emploi une fois la construction des rails achevée (1885) et les réserves en minerais raréfiées. C’est donc au cours des années 1880 que la communauté chinoise du Canada, confrontée à des mises à pied et des politiques de plus en plus discriminatoires et racistes, commença sa lente migration de l’Ouest vers l’Est, s’installant d’abord dans les Prairies et gagnant peu à peu les provinces de l’Ontario (Toronto) et du Québec (Montréal).
L’immigration chinoise à Montréal
Bien qu’étroitement liée à celle observée sur l’ensemble du territoire canadien, l’immigration chinoise à Montréal a débuté plus tardivement que dans l’Ouest du pays, soit vers la toute fin du 19e siècle. Selon les différents recensements effectués au Canada au cours des 19e et 20e siècles, la population chinoise au Québec est passée de un individu en 1825 à 2335 personnes presque un siècle plus tard, soit en 1921.
Cette population, essentiellement concentrée dans la région métropolitaine de Montréal, n’a cessé de croître au fur et à mesure que les politiques canadiennes en matière d’immigration chinoise se sont assouplies. Alors qu’aucune restriction n’avait été mise en place au Canada pour limiter l’immigration chinoise, c’est en 1885 que le gouvernement national tenta clairement de restreindre l’entrée de ceux-ci en créant l’Act to restrict and regulate chinese immigration. Imposant d’abord une taxe d’entrée de 50$ aux nouveaux arrivants chinois, les restrictions devinrent rapidement de plus en plus coûteuses (100$ en 1901 et 500$ en 1904), limitant ainsi l’entrée de nouveaux immigrants. Les politiques canadiennes restrictives atteignirent leur paroxysme en 1923, alors que l’immigration chinoise fut complètement bannie du territoire national.
Il fallut attendre 1947, année où la Loi sur la citoyenneté canadienne est entrée en vigueur, pour que la loi de 1923 soit révoquée. L’immigration chinoise recommença d’abord lentement, pour ensuite s’accroître concrètement dès l’avènement du système de pointage mis en place en 1967. C’est donc vers la fin des années 1960 que l’immigration chinoise pris son essor partout au Canada, et Montréal, bien que n’étant toujours pas la première destination des nouveaux arrivants, a depuis vu sa communauté chinoise se développer rapidement.
Aujourd’hui, 63 000 individus d’origine chinoise sont présents au Québec et 91,5% de ceux-ci habitent la région métropolitaine de recensement de Montréal. De ce nombre, 45 035 personnes sont arrivées après 1961 et ne sont donc pas nées au Québec.
Diversité culturelle et linguistique de la communauté sino-montréalaise
La communauté sino-montréalaise comprend une diversité linguistique et culturelle très riche. Véritable symbole d’un syncrétisme tantôt religieux, tantôt linguistique, cette communauté se démarque par son dynamisme et sa capacité à s’adapter au monde montréalais.
Au plan linguistique, il semblerait que la communauté chinoise établie à Montréal connaisse au moins l’une des deux langues majoritairement parlées au Québec. Plus de 65% des membres de cette communauté ont une connaissance de l’anglais, alors qu’un peu plus de 55% parlent le français. Bien que dans 76% des cas la langue maternelle soit autre que le français ou l’anglais, il semblerait qu’une proportion moins élevée des sino-montréalais, soit 62,3%, ne parle aucune de ces deux langues à la maison. C’est donc dire qu’une partie des sino-montréalais parle le français ou l’anglais dans leur vie privée, même s’il ne s’agit pas de leur langue maternelle. Par ailleurs, dans le cadre de leurs activités professionnelles, il semblerait que l’anglais soit privilégié.
Puisque les plus anciennes générations d’immigrants provenaient des provinces du Guangdong et du Fujian, on peut supposer qu’elles parlaient le cantonais, majoritairement utilisé dans ces régions de la Chine. En comparaison aux Cantonais issus de la Chine continentale, on peut supposer que les populations qui proviennent de Hong Kong, où est surtout parlé le cantonais, et de Taiwan, où est surtout parlé le minnan (langue parlée originellement au Fujian), parlent principalement leur langue d’origine. Par contre, pour ce qui est des générations plus récentes d’immigrants, qui, rappelons-le, proviennent essentiellement de la Chine continentale, le mandarin semble être la langue principale. Cependant, gardons en tête que beaucoup des membres de la communauté sino-montréalaise sont capables de s’exprimer en mandarin, même si pour certains la langue maternelle est le cantonais ou le taïwanais. De plus en plus répandu, le mandarin tend à s’imposer comme langue utilisée par l’ensemble des communautés chinoises, tant à travers le monde qu’à Montréal.
Au plan des appartenances religieuses et culturelles, les membres de la communauté sino-montréalaise, contrairement à certaines autres communautés culturelles établies à Montréal, disent n’avoir aucune appartenance religieuse dans plus de 50% des cas. Vient ensuite une appartenance au catholicisme (20,3%) et au bouddhisme (19,8%). Très peu d’individus disent pratiquer d’autres types de cultes religieux. L’appartenance religieuse, bien qu’elle ne semble pas être une composante importante de l’identité pour une bonne partie des membres de la communauté chinoise de Montréal, est malgré tout fortement empreinte d’influences confucéennes ou bouddhistes.
Researchers